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Lancement de l’appel à projets pour les 2èmes résidences SO FILM de genre

Pour la deuxième année consécutive, So Film lance en partenariat avec le CNC, Canal+, la Sacem, Wild Bunch et Bordeaux Métropole un appel à projets de long-métrage de genre (science-fiction, fantastique, polar, thriller).

Lecteurs Anonymes est à nouveau associé à l’initiative puisque des lecteurs de l’association effectueront la pré-sélection des projets.

L’appel à projets court jusqu’au 7 mai. Pour plus de renseignements, se rendre sur le site de So Film.

Une rencontre animée par Laetitia Kugler à Valence Scénario !

Le festival international des scénaristes de Valence se déroule du 4 au 7 avril.

Une rencontre Lecteurs Anonymes aura lieu vendredi 6 avril de 16h15 à 17h45, avec Jean-Luc Gaget (co-scénariste de Sólveig Anspach) autour du scénario de L’Effet aquatique (César 2017 du meilleur scénario original).
Cet échange autour du scénario et de sa conception sera animé par Laetitia Kugler, script-doctor et présidente de Lecteurs Anonymes.

RDV avec Thomas Bidegain le 9 avril !

Notre prochain réunion aura lieu le lundi 9 avril. Nous accueillerons le scénariste et réalisateur Thomas Bidegain.

Thomas Bidegain est scénariste et réalisateur. Il est connu pour ses collaborations avec Jacques Audiard pour lesquelles il obtient le César du meilleur scénario original pour UN PROPHÈTE en 2010, et le César de la meilleure adaptation pour DE ROUILLE ET D’OS en 2013. En 2015, il réalise son premier film LES COWBOYS. Depuis 2016, il présente des chroniques décalées sur le storytelling dans l’émission SI TU ÉCOUTES J’ANNULE TOUT sur France Inter et poursuit sa carrière de scénariste.

Dans un souci de bon fonctionnement de Lecteurs Anonymes, ceux qui veulent participer à la rencontre sont invités à adhérer à l’association (en envoyant un email à administration@lecteursanonymes.org) ou à payer 5 euros en ligne (https://www.helloasso.com/associations/lecteurs-anonymes/evenements/rencontre-lecteurs-anonymes-2).

RDV avec Simon Rey (Film Talents) le 12 mars !

Notre prochaine réunion se tiendra le lundi 12 mars à 19h30.

Nous accueillerons pour cette réunion de mars Simon Rey, agent chez Film Talents.

Simon REY est diplômé d’ESCP Europe et de l’Atelier Paris-Ludwigsburg. Il a produit un court métrage de fiction (Belle Salope, 2010) et deux documentaires (My Melody, 2010 et Standard, 2013) avant de devenir agent d’auteurs.
Actuellement, il représente des scénaristes et des réalisateurs européens parmi lesquels Yann Gonzalez (
Les rencontres d’après minuit, 2013), Alain Guiraudie (L’Inconnu du Lac, 2012) ou Hubert Charuel (Petit Paysan, 2017). Depuis 2012, Simon intervient par ailleurs régulièrement sur l’économie de la télévision et du cinéma dans plusieurs formations européennes (Fémis, Sorbonne IV, Serial Eyes, CEEA).

Dans un souci de bon fonctionnement de Lecteurs Anonymes, ceux qui veulent participer à la rencontre sont invités à adhérer à l’association (en envoyant un email à administration@lecteursanonymes.org) ou à payer 5 euros en ligne (https://www.helloasso.com/associations/lecteurs-anonymes/evenements/rencontre-lecteurs-anonymes-2).

Les fiches de lecture à l’honneur #8 César 2018

Une nouvelle livraison d’extraits de fiches de lecture ! A l’approche de la cérémonie des César 2018 le 2 mars, nous vous offrons un focus sur plusieurs films nommés dans les catégories Meilleur film, meilleur premier film, Meilleur scénario original et Meilleur scénario adapté.

AU REVOIR LÀ HAUT, écrit par Albert Dupontel et Pierre Lemaitre
Nommé pour Meilleur film et Meilleur scénario adapté entre autres

« Les relations entre personnages sont aussi radicalement définies que dans les grands romans d’aventures : entre Edouard et Albert, c’est littéralement « à la vie, à la mort ». Chacun a sauvé la vie de l’autre, et leur amitié est indéfectible, un peu comme dans les romans de chevalerie ou, plus près de nous, toutes ces histoires de gangsters dont l’amitié fut scellée dans la Résistance ou les conflits coloniaux. Du côté de Pradelle, c’est encore plus radical : amoral, cynique, amoureux de la mort, ce type est le Mal incarné. Pourtant on ne perçoit pas cette bipolarité comme un défaut de finesse ou de complexité. Mais plutôt comme un moteur puissant pour la fiction. Moteur d’autant plus acceptable qu’il prend sa source dans la guerre, contexte où tout (sentiments, valeurs, affects) devient radical. »

« Dans les scènes de guerre, l’horreur est certes stylisée, mais jamais atténuée. Ces scènes sont grotesques et sublimées, quelque part entre Otto Dix et Goya. Ce goût pour le grotesque ne se limite d’ailleurs pas au contexte des tranchées : dans le Paris de l’après-guerre, on verra aussi des équipes de dératisation travailler à la grenade et au masque à gaz, Albert se faire tabasser par des mutilés de guerre, à coups de prothèses et de moignons, les équipes de Pradelle retourner des cimetières entiers… Les masques eux-mêmes, ceux que porte Edouard, sont assez puissants d’un point de vue visuel. On pense souvent à du Céline illustré par Tardi. »

BARBARA, écrit par Mathieu Amalric et Philippe Di Folco
Nommé pour Meilleur film et Meilleur scénario original entre autres

« Le film s’ouvre sur une mise en abyme assez vertigineuse, qui égare le spectateur entre documentaire, reconstitution et scènes de tournage. Certaines scènes se poursuivent dans plusieurs décors et circonstances : en répétition, sur le plateau éclairé, dans le train où Brigitte lit son texte, la salle où son partenaire l’apprend par coeur, etc., évidemment sans souci de chronologie. Cette entrée en matière ne manque pas de charme et d’audace. »

GRAVE, écrit par Julia Ducournau
Nommé pour Meilleur premier film et Meilleur scénario original entre autres

« La protagoniste est une grande adolescente assez attachante. Elle est dans un moment de transition dans sa vie, où elle intègre une nouvelle école, découvre la sexualité etc. Chacun peut s’identifier à cette situation. Quand Justine se retrouve dépassée par ses instincts, et menace presque de retourner à l’animalité, le fait que nous nous soyons attaché à elle rend l’horreur d’autant plus efficace. »

« Une des grandes qualités du scénario est qu’il parvient à avancer masqué, tout en exposant sans tricher tous ses pions. Pour le dire autrement, la dimension fantastique et gore du film est amenée progressivement, lentement mais sûrement, sans que l’auteur ait recours (du moins au stade de l’écriture) aux balises et signaux qui sont généralement destinés à séduire d’emblée le public particulier du genre horrifique. »

JEUNE FEMME, écrit par Léonor Serraille
Nommé pour Meilleur premier film entre autres

« Le portrait d’une jeune femme déracinée qui fait l’expérience de la solitude et de l’inconnu. L’auteure dessine pour son personnage un trajet positif de retour à soi-même et au bonheur. Certaines scènes sont très évocatrices et touchantes, comme les retrouvailles à moitié ratées de Paula et de sa mère. Le scénario mêle de belle manière différentes tonalités de drame et de comédie et trouve ainsi un ton bien à lui. »

« Ce scénario fait discrètement, sans en rajouter, le portrait d’une certaines jeunesse contemporaine. Jeune femme se veut un film d’atmosphère, une sorte de road movie urbain où la manière dont Paula « tourne en rond » l’amène à rencontrer de nombreux personnages, dont la plupart sont intrigants, attachants ou amusants. (…) L’auteure met en vedette une importante majorité de personnages féminins, forts et très divers, ce qui est franchement agréable. Elle évite les clichés en faisant apparaître de femmes de tous milieux sociaux, âges, origines… »

LE BRIO, écrit par Yvan Attal, Victor Saint Macary, Yaël Langmann et Bryan Marciano
Nommé pour Meilleur film entre autres

« Idée excellente : avoir pris comme sujet l’éloquence –celle des banlieues et celle des prétoires, celle de la rue comme celle des livres, ce qui permet à la fois un affrontement (une lutte des classes, ou plutôt des niveaux de langue ou des régimes de langage) et un enrichissement mutuel. »

« Pour le spectateur, le plaisir pur de l’éloquence compensera certainement le caractère attendu de l’intrigue. En effet, les ressorts sont pour le moins familiers : ce sont ceux du buddy-movie et du film de sport, une sorte de mix entre 48 Heures et Rocky si on veut. Le couple composé par oppositions se découvrira forcément des points communs ; la fille qui a tout pour perdre deviendra la meilleure grâce à un entraînement qui fera l’objet de montage sequences ultra-classiques mais toujours efficaces. »

MONSIEUR ET MADAME ADELMAN, écrit par Nicolas Bedos et Doria Tillier
Nommé pour Meilleur premier film entre autres

« Monsieur et Madame Adelman fonctionne sur un type de récit très classique : à la mort de son mari, personnalité parisienne, une femme raconte. Et ce récit très classique de fonctionner sur des ressorts tout aussi connus : la révélation de la vérité sur Victor Adelman et la vie qu’elle a menée avec lui. Jusqu’au twist final, qui dit qu’en fait, elle n’a pas tout dit. Le scénario est empreint d’une certaine verve. S’il fonctionne sur un principe de montage alterné encore une fois classique (…), ça marche correctement. »

« Le projet n’est pas sans rappeler la comédie italienne des années 70, mais férocité en moins. Si par moment l’aspect politiquement incorrect est réussi (notamment à travers le personnage d’Arthur), à d’autres moments le scénario est moins cruel que de mauvais goût. »

En résidence en Normandie !

Sous l’impulsion de Laetitia Kugler, Lecteurs Anonymes, en partenariat avec SO FILM, a mis en place un laboratoire d’écriture test qui s’est déroulé en Normandie du 5 au 10 février, qui a permis à cinq jeunes scénaristes d’initier des projets de films de genre.

Le laboratoire a alterné les séances de groupes et les séances de travail en individuel. Durant les séances de groupe, l’objectif a été de travailler dès le départ sur le propos (de quoi veut-on parler ?), la création d’un univers cohérent, et la mise en place de personnages ayant une trajectoire intéressante.

Les échanges en groupe, coordonnés par Sofia Alaoui (co-fondatrice de Lecteurs Anonymes) , ont permis de faire avancer les auteurs sur leurs propositions, de tester de nouvelles idées, de questionner les incohérences d’un récit en construction.

Les LA s’ouvrent aux consultants et chargés de développement

Le bureau de Lecteurs Anonymes a décidé début 2018 d’ouvrir officiellement l’association aux consultants / script doctors et chargés de développement. Tous les professionnels travaillant autour du scénario sont désormais représentés au sein de l’association.

A noter que 20% de nos membres sont déjà des consultants, producteurs ou chargés de développement.

RDV avec Nathalie Decoin (France Télévisions) le 12 février !

Notre prochaine réunion se tiendra le lundi 12 février à 19h30.

Nous accueillerons Nathalie Decoin, responsable des coproductions internationales de fictions chez France Télévisions.

Après quelques années ) travailler en agence de publicité puis dans l’évènementiel, Nathalie Decoin a produit et réalisé des films institutionnels. Puis elle a fait de la direction artistique, du doublage et à travaillé dans l’édition. Elle est entrée chez France Télévisions en 2009 et est aujourd’hui responsable des coproductions Internationales de fictions pour les différentes chaines du groupe.

Dans un souci de bon fonctionnement de Lecteurs Anonymes, celles et ceux qui voudraient participer à la rencontre sont invités à adhérer à l’association (en envoyant un email à communication@lecteursanonymes.org ou à payer 5 euros en ligne).

Les scénarios de films français : quelques statistiques

graphique: Hugues Bertiaux

 

Un scénario français en 2017, ça ressemble à quoi ?

Lecteurs Anonymes, qui regroupe lecteurs de scénarios et script doctors travaillant pour les producteurs, les institutions, les chaînes et les distributeurs, a passé en revue plus de 250 scénarios de films français actuellement en financement pour publier de nouvelles statistiques : À quoi ressemblent les scénarios français aujourd’hui ? Qui en sont les auteurs ? Quels sont les genres abordés ? Comment sont-ils écrits ? Voici les réponses en chiffres.

 

LES SCÉNARISTES

Scénaristes doit s’entendre au pluriel. Car 57% des scénarios examinés sont l’œuvre d’au moins deux auteurs. Une minorité (43%) est l’œuvre d’un scénariste crédité seul.

Plus de la moitié des scénarios sont écrits seulement par des hommes : 56%.
28% sont écrits par des duos ou des groupes de scénaristes mixtes.
Et seulement 16% des scripts ont seulement une ou des femmes pour auteur.

 

LES PERSONNAGES

Sans surprise, la prédominance masculine des scénaristes s’incarne aussi dans les personnages : en effet, 58% des scripts ont un homme pour seul personnage principal.

Un tiers des scénarios ont une femme pour héroïne, et seulement 8% des scripts sont considérés par les lecteurs comme étant véritablement mixte.

Sur les scénarios écrits seulement par des femmes, les statistiques sont diamétralement opposées : les femmes écrivent à 72% pour des personnages féminins.

Au niveau de l’âge, on entend souvent dire que les personnages féminins sont beaucoup plus jeunes que leurs homologues mâles, mais dans la réalité la différence n’est pas si frappante : les héros ont en moyenne 36 ans, les héroïnes en moyenne 33.

Chez les personnages mineurs, c’est l’inverse : les garçons ont en moyenne 12 ans, et les filles 13. Cette légère différence peut s’expliquer par le goût des scénaristes pour les histoires de grandes adolescentes (environ 17 ans), les personnages de garçons étant en général un peu plus jeunes.

 

LES DÉCORS

Ces personnages évoluent presque à égalité entre Paris et le reste de la France. Sur les scripts situés en France, 51% ont pour théâtre la capitale ou sa banlieue, et 49% les autres régions.

Parmi les régions prisées par les auteurs, on remarque une appétence pour l’ouest et le sud-ouest : la Bretagne, la Charentes, le pays basque, le toulousain. Ceci s’explique sans doute par les aides que proposent ces régions.

Curieusement, le sud-est, pourtant un décor de tournage privilégié, est assez peu représenté, à égalité avec les Alpes, l’Est, le Nord, le Massif central… La Corse, elle, est étonnamment négligée.

Pour les scénarios qui s’aventurent à l’étranger, impossible de dégager une dominante : on retrouve aussi bien Israël que le Maghreb, les Etats-Unis que la Russie, l’Arménie, Singapour, la Scandinavie, l’Afrique noire ou Dubaï…

 

L’ÉPOQUE

Les films se déroulent à 75% de nos jours. Le reste se déroule dans le passé, un scénario seulement étant situé dans le futur.

Parmi les époques privilégiées par les scénaristes, on retrouve en premier lieu les années 70, deux fois plus représentées que le deuxième du podium, les années 80. Juste derrière, les décennies 1960, 1990, 2000 et la Seconde guerre mondiale sont à peu près à égalité.

Parmi les scripts avant-guerre, léger avantage à la décennie 1910 (sans doute à cause de la Première guerre mondiale). Pour le reste, une bonne louchée de XIXème siècle… Un seul scénario se déroule au Moyen-Âge, et un seul dans un passé imaginaire.

 

LE GENRE

Certains accusent le cinéma français de ne produire que des comédies, d’autres seulement des drames. Ces gens-là en seront pour leur frais, car on observe une égalité parfaite :
38% comédie, 38% drame !
Loin derrière, une autre égalité entre les thrillers et ce genre aux contours flous qu’est la « comédie dramatique » : 10% chacun.
En queue de peloton, un modeste 4% de scénarios fantastique ou de science-fiction.

Le sous-genre qu’on retrouve le plus souvent, et de loin, est le film à connotation sociale (« Comédie sociale », « Drame social », « Thriller social »). Une grosse part ensuite de road movies, de films d’inversion ou d’imposture (inversion de statut social, de sexe, usurpation d’identité…), de films psychologiques, et de biopics. Les films de guerre finissent tout en bas du classement, ne représentant qu’une fraction des projets.

 

ADAPTATION ET VOIX-OFF

21% des scénarios sont des adaptations. Et 12% d’entre eux ont recours à une voix-off.

 

LA FORME SCÉNARISTIQUE

Pour parler plus précisément de l’objet-scénario, on remarque en premier lieu que les scripts font en moyenne 101 pages.

Un gros tiers (36%) des scénarios adoptent une forme standard ou sont écrit avec Final Draft, les deux-tiers restants optant pour une forme libre… au grand désespoir des lecteurs.

Cependant, la typo majoritaire reste le Courrier : 50% des scripts. Égalité ensuite entre le Times et l’Arial, 20% chacun. Les 10% restant employant une autre typo (oui, on retrouve même du Comic…).

Par ailleurs, 6% des scripts font le choix bizarre d’écrire les noms des personnages dans les didascalies en majuscules à chacune de leurs apparitions : « LAURA rentre et trouve JULES assis dans le canapé. LAURA s’approche de lui et JULES se lève… »

Si on constate depuis quelques années une amélioration dans la forme, on ne peut que regretter que certains producteurs fassent encore partir en lecture des textes dont l’apparence même (non-respect d’une forme standard, pavés de descriptions, dialogues trop larges…) trahit l’amateurisme.

Si on veut qu’une véritable culture du scénario émerge en France, il faut que les auteurs comprennent que sans le respect de certaines règles, ils ne seront pas lus. Peut-être alors feront-ils l’effort d’écrire des scénarios qui ressemblent vraiment à des scénarios…

 

L’AVIS DES LECTEURS

Pour finir, les lecteurs ont attribué une note sur 10 à chacun des scénarios lus. Et la note moyenne est de 4.8 sur 10

 

CONCLUSION

Si l’on voulait établir un portrait-robot du scénario français à partir de ces statistiques, on pourrait dire que son scénariste est un duo d’hommes qui a écrit un texte de 100 pages sous forme libre mais en police Courrier. Son personnage principal est un homme entre trente et quarante ans. Son histoire se déroule aujourd’hui à Paris ou dans l’ouest de la France sous forme d’une comédie ou d’un drame teinté de social. Et malheureusement, malgré tous ses efforts, ce duo de scénaristes n’arrive qu’à frôler la moyenne…

 

Si vous avez la curiosité de découvrir par vous même la lecture de scénario, RDV sur la page de la scénariothèque.

Les fiches de lecture à l’honneur #7 Alpe d’Huez 2018

En ce début d’année 2018, Lecteurs Anonymes vous présentent une sélection d’extraits de fiches de lecture « spéciale comédies françaises ». À l’occasion de la 21ème édition du Festival du film de comédie de l’Alpe d’Huez, nous sommes ravis de partager avec vous les avis des membres de Lecteurs Anonymes qui ont eu l’opportunité de lire et d’analyser les scénarios de 5 des 6 films sélectionnés en compétition officielle cette année.
A noter que nous n’avons pas nécessairement lu les scénarios définitifs de ces films, nos analyses peuvent donc correspondre à des versions antérieures. En tous les cas, il ne s’agit pas de jugements sur les films finis.

Comme des garçons, Larguées, La finale, Une voisine si parfaite, Je vais mieux :
Quels sont les forces et les faiblesses de ces scénarios ?

À vous de les découvrir… bonne lecture !


COMME DES GARCONS

Un scénario de Julien Hallard

SYNOPSIS

Reims, 1969. Démis de ses fonctions pour avoir publiquement insulté le légendaire entraîneur du club de la ville, Paul Coutard, Don Juan désinvolte et reporter sportif à L’Union de Reims, est chargé d’organiser l’organisation de la kermesse annuelle avec Emmanuelle, une collègue qui n’apprécie guère ses manières de dragueur. Fille d’une ancienne gloire du football et elle-même passionnée par ce sport, Emmanuelle propose à Coutard d’organiser un match de foot féminin à l’occasion de la kermesse. D’abord amusé par l’idée, Coutard se prendra au jeu, se lançant avec Emmanuelle, sans le savoir, dans la création de la première équipe féminine de football de France…

L’AVIS DES LECTEURS

Le concept de Comme des garçons est un des points forts du film. Celui-ci est basé sur une histoire vraie : la création de la première équipe de football féminin en France. Attrayant dans son concept, dans la mesure où il est à la fois original et ancré dans l’actualité (émancipation et droits des femmes), l’histoire développe également des thèmes universels tels que la tolérance, la solidarité, la transmission, le courage dans l’épreuve.

Feel good movie par excellence, cette chronique sociale amusante bénéficie de dialogues vifs, drôles, et rythmés dans l’ensemble, ainsi que d’un ton légèrement féministe qui prône la tolérance sans matraquage.

Les personnages sont bien caractérisés. Le personnage de Coutard, par exemple, assure par la présence de conflit dans les scènes où il apparaît. Quant aux joueuses de l’équipe de foot, elles sont toutes définies par des traits de caractère dominant, comme dans les comédies classiques. Cela n’empêche pas le fait que les motivations de certains personnages paraissent un peu légères.

Enfin, concernant les intrigues principale et secondaires, il est à noter que si leur respect à la lettre des règles classiques de narration permet au scénario d’atteindre une évidente efficacité, il conduit malheureusement ce film sympathique à être prévisible et un peu trop gentillet, certaines articulations étant parfois anticipées.


LARGUEES

Un scénario de Eloïse Lang

SYNOPSIS

Brigitte, 59 ans, est au bord de la dépression. Elle s’est faite larguée il y a 6 mois à peine par son mari, lequel s’est recasé avec une fille plus jeune. Classique !

Pour éviter que leur mère ne sombre complètement, ses filles Alice et Rose, que tout oppose, décident de l’emmener en vacances à La Réunion pour lui changer les idées. Leur mission est simple : Sauver maman. Et pour atteindre cet objectif, toutes les initiatives sont permises…

L’AVIS DES LECTEURS

Larguées est un projet divertissant qui emprunte tout autant à la comédie de vacances type Les Bronzés ou Camping qu’à la comédie de « filles trashs » importée des Etats-Unis (Bridesmaids, etc.) dont les rejetons français seraient Connasse, Princesse des cœurs ou Les Gazelles.

Si le point de vue féminin sur la sexualité et la drague est depuis plusieurs années sorti de l’ombre, jusqu’à conduire à une mini-vague de projets dans plusieurs pays et dans plusieurs formats (Girls, Sous les jupes des filles…), il est toujours rafraîchissant de voir ce point de vue s’incarner à l’écran. Avec les trois personnages féminins principaux, nous avons accès à trois points de vue différents sur la sexualité : celui cru et trash du personnage de Rose, celui de la femme ménopausée par Brigitte, et celui de la mère de famille qui craint d’’avoir perdu son sex appeal.

L’arène choisie, la Réunion, est un cadre paradisiaque et rafraîchissant qui promet, visuellement, de distraire le spectateur. Les dialogues révèlent aussi le talent de l’auteur pour écrire des répliques piquantes, enlevées, bien trouvées et tournées.

Si nous avons là un projet de comédie de meuf au soleil qui promet un spectacle hédoniste et déjanté, les thématiques restent plutôt urbaines et « jeunes adultes/trentenaires ». Certains des aspects du film relèvent également plus de la chronique, alors qu’ils auraient gagné à être plus organiques et déjantés. Enfin, si le projet se rattrape par sa vision mordante de la sexualité féminine et des complexes qui vont avec, il n’est pas assez solidement fondé sur ses personnages, dont les enjeux sont un peu dilués ou flous, par moments.


LA FINALE

Un scénario de Robin Sykes, Antoine Raimbault, Julien Hallard, Jean-Christophe Bouzy et Claude Le Pape

SYNOPSIS

Lyon, de nos jours. Roland Verdi, ex-commentateur de foot célèbre, est atteint d’Alzheimer et vit avec sa fille Delphine, son mari Hicham et ses enfants, JB et Pénélope. Lorsque Hicham est placé en garde à vue après un test d’alcoolémie au volant, Roland est confié à JB. Cela n’arrange pas l’adolescent de 16 ans. Celui-ci a prévu de se rendre à Paris afin d’assister à sa finale de basket, dans l’espoir d’être repéré par les sélectionneurs de l’INESP qui seront présents. Pénélope dormant chez une copine et Delphine étant au poste avec son mari, JB décide alors d’emmener son grand-père avec lui à Paris sans rien dire à ses parents…

L’AVIS DES LECTEURS

La finale est une comédie développée selon les règles classique du road movie. Le film met en valeur la complicité naissante entre un ado fan de basket et son grand-père, un ancien commentateur sportif désormais atteint de la maladie d’Alzheimer. Le film traite aussi bien d’amitié, de maladie, de famille, de filiation, que de responsabilité et de passion (passion du sport dans le cas présent). En ce sens, par les thèmes qu’il développe, la Finale tend à être un film familial, pertinent et grand public.

La structure du récit enchaîne les rencontres inhérentes au road movie. La suite de gags et rebondissements ne bénéficie pas toujours à la progression de l’intrigue et un manque de suspense est parfois à noter. Quant aux personnages, à l’exception de Roland, ils pourraient être caractérisés avec davantage d’originalité.

Quant à l’humour, si celui-ci est toujours subjectif, il est, dans le cas, de La Finale, voué à susciter le débat. En effet, on rit de Roland et de sa sénilité. Le ton se veut désinvolte et décomplexé, parfois amusant, parfois un peu cru. Mais attention, certains spectateurs passeront à côté car l’on rit plus de Roland qu’avec lui. Les dialogues sont quant à eux plutôt efficaces, rythmés et vivants.


Une voisine si parfaite

Un scénario de Sophie Marceau

SYNOPSIS

Paris. Hélène, éditrice de romans à l’eau de rose, dirige la maison d’édition Savanah dont elle a revendu ses parts à un magnat new-yorkais qui compte lui imposer une nouvelle directrice de la communication à l’échelle mondiale. Lorsqu’une nouvelle voisine, Mrs Mills, s’installe dans son immeuble, Hélène se prend rapidement d’amitié pour la vieille femme et en fait la nouvelle égérie de sa société. Or, Mrs Mills est un homme, un escroc qui plus est, bien décidé à s’emparer d’une œuvre d’art qu’Hélène tient de sa grand-mère et qui pourrait rapporter gros. Lorsque Hélène découvre la vérité, Mrs Mills, qui se prénomme en réalité Léonard, la persuade de se rallier à lui. Car si son arnaque réussit, Hélène pourrait avoir beaucoup d’argent. De quoi racheter sa société à la maison mère américaine…

L’AVIS DES LECTEURS

Le point de départ du film est assez osé et plutôt hilarant dans le concept. Les comédies de travestissement sont en effet une source infinie de gags. Dans ce genre, se souvenir de l’inénarrable Tootsie. Les situations d’imposture sont toujours fécondes, la promesse narrative étant forcément immense.

Dans le cas présent, nous avons une narration sous forme de poupée de gigogne, riche en faux-semblants. L’alliance de l’imposture et du travestissement fournit au film de bons imbroglios où Léonard doit se dépêtrer de ses identités, jongler avec le mensonge et les apparences pour éviter que son château de carte ne s’écroule. Il y a en plus une belle énergie, un côté bondissant à l’intérieur des scènes qui fait plaisir. On est constamment dans l’action, le rebondissement, la petite surprise. Le tout est assez vivant et agréable à suivre. Il y a un certain charme.

À côté de tous ces points positifs, il faut tout de même pointer quelques longueurs qui traînent un peu la patte. De petits soucis de crédibilité ici et là amènent à se poser des questions qui peuvent distraire le spectateur, l’empêchant de rester concentrer sur une intrigue parfois un peu trop tordue. Malgré ces petits bémols, cette comédie d’imposture devrait séduire un public allant du jeune adulte aux personnes âgées, public fan de Sophie Marceau et nostalgiques de Pierre Richard.


Je vais mieux

Un scénario de Jean-Pierre Améris

SYNOPSIS

Souffrant d’un mal de dos tenace, Laurent consulte un ostéopathe, qui l’envoie chez un radiologue, qui l’envoie faire une IRM. Persuadé qu’il va mourir, Laurent, qui s’est éloigné de sa compagne Elise à cause de sa « maladie », invite ses parents à dîner. Cela tourne à la catastrophe. Le moral à zéro, Laurent n’est pas au bout de ses surprises quand les résultats de ses analyses tombent : il n’a rien ! Il doit surtout se détendre. Mais entre les brouilles familiales, les problèmes avec sa femme et les coups tordus orchestrés par l’un de ses collègues de bureau, la tâche se révèle ardue pour Laurent. D’autant que si la racine de son mal n’est pas physique, elle est sûrement psychologique. Il est temps pour Laurent de mettre de l’ordre dans sa vie…

L’AVIS DES LECTEURS

Le postulat de départ intéressant et prometteur. Dommage que l’on se retrouve en terrain connu un peu rapidement dans le scénario. Celui-ci fait penser aux comédies du théâtre privé, avec beaucoup de dialogues. Des dialogues pléthoriques, des dialogues de bavardage qui manquent parfois de sous-entendus, ce qui peut appauvrir, par ricochet, les personnages, les situations et la vraisemblance.

Si le projet est une comédie dramatique, on peut se demander si le potentiel du genre est assez exploité. Les personnages auraient pu être plus intéressants avec des caractérisations davantage creusées, poussées du côté de l’absurde ou du fantaisiste, du farfelu ou de l’excès.

D’autre part, si le film encourage la communication et développe tout au long du film une philosophie qui peut trouver une résonnance chez un certain public, il paraît néanmoins en décalage et étranger au monde.

Bien que le scénario présente en l’état de nombreux challenges, comptons sur le talent de metteur en scène Jean-Pierre Améris pour nous surprendre avec sa nouvelle réalisation, lui qui a su par le passé toucher le public avec des films tels que Les émotifs anonymes, Mauvaises Fréquentation, C’est la vie.

Textes compilés par Tibwa Nzapa.