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Les fiches de lecture à l’honneur #5

Les Lecteurs Anonymes continuent de vous présenter un florilège de leurs fiches de lecture réalisées pour des scénarios de films sortis récemment.
Films français ou américains, thrillers, drames ou comédies, de jeunes scénaristes ou d’auteurs confirmés… Voici donc à l’honneur les films de l’été 2016 !

«Pour traiter des thématiques qui relève du cinéma « social » au sens large, l’auteur choisit ici un traitement de suspense avec un personnage imprévisible dont on attend à chaque instant le nouveau mensonge, le nouveau sabotage etc. On suit pas à pas les nombreuses manipulations de Constance afin d’obtenir ce qu’elle veut. En ce sens, le scénario d’Irréprochable fait nettement penser au Couperet de Costa-Gavras, ou encore à L’emploi du temps de Laurent Cantet. On reste dans une description du quotidien (démarches administratives de Constance, repas avec Philippe, soirées avec Gilles, salle de sport etc.) mais qui est investi peu à peu par la « psychose » de la protagoniste.»

«Le scénario parvient très bien à faire cheminer son héroïne sur le fil ténu qui sépare la raison de la folie. Ce personnage génère une inquiétude constante. Ses infractions à la normalité sont d’abord très ténues, puis de plus en plus osées (de l’effraction à l’intrusion, du mensonge à la mythomanie, de l’espionnage à la manipulation, de la bizarrerie à la folie…), suivant une courbe qui mène irrémédiablement à un acte criminel.»

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IRRÉPROCHABLE, écrit par Sébastien Marnier
sorti le 6 juillet 2016 (Memento Films)

«Un humour littéraire, spirituel, sans être forcément délicat, en ceci qu’il se nourrit d’un goût pour la transgression qui a évidemment du sens dans le contexte de l’Angleterre puritaine, mais pas seulement. Son terrain de prédilection : l’infidélité conjugale, l’argent, l’opportunisme. Ses procédés favoris : l’understatement, la périphrase, l’ironie pince-sans rire.»

«On en vient à aimer ce personnage d’opportuniste flamboyante, séductrice de la plus parfaite mauvaise foi, belle menteuse sans scrupule, veuve frivole, orgueilleuse pimbêche. Sa façon de mentir avec aplomb est très amusante (et libératrice), et non dénuée de suspense puisque tout affabulateur court toujours le risque d’être démasqué. Et son éloquence, hyperbolique jusqu’au délire, est souvent très drôle.»

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LOVE AND FRIENDSHIP, écrit par Whit Stillman
sorti le 22 juin 2016 (Sophie Dulac Distribution)

«Le film est d’abord original en ceci qu’il ne se laisse pas enfermer dans un genre : c’est un curieux mélange de comédie burlesque, de mélodrame et de love story. (…) Et puis le scénario emporte l’adhésion avec un changement de ton audacieux qui lui apporte, en même temps qu’un soupçon de fantastique, une nuance tragique.»

«Au départ, le film mise beaucoup sur le potentiel burlesque de Christophine. Sociopathe, quasi muette, hyper-émotive, impressionnable, son cerveau est performant mais sa maturité émotionnelle est celle d’un enfant de cinq ans. Elle pourrait être une lointaine cousine de Charlot -avec de la libido. (…) Globalement le comique est assez incongru, on serait bien en peine de lui trouver une ascendance. Tout juste une parenté avec La Fille du 14 juillet d’Antonin Peretjatko, ou avec certaines comédies de la Nouvelle Vague tchèque…»

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LE SECRET DES BANQUISES, écrit par Marie Madinier
sorti le 22 juin 2016 (Mars Films
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«L’ouverture est palpitante. D’abord parce qu’elle dessine Paris comme un réseau, un labyrinthe, un organisme parcouru par les nerfs que sont les lignes de métro, et des individus qui sont comme les particules reliées entre elles par des signaux émis via leurs téléphones portables ; parce que les adolescents que nous suivons via ce montage alterné ont tout des comploteurs taciturnes des films d’espionnage ; parce qu’ils sont en mouvement (ah, sensation eu-phorique !), et qu’on ne connaît ni le but de leur voyage, ni l’objet de leur complot, ni la nature exacte de leurs rapports.»

«Et puis [le scénario] devient contemplatif. On devine d’ailleurs un film très fort d’un point de vue visuel (tant dans le montage parallèle du début que dans les mouvements de caméra accompagnant les gestes précis des protagonistes, et ensuite dans le décor théâtral et fantomatique du grand magasin vide, temple déserté du capitalisme, figé comme Pompéi après l’éruption).»

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NOCTURAMA, écrit par Bertrand Bonello
sorti le 31 août 2016 (Wild Bunch)

«Dans ce scénario, le suspense prend racine dans la psychologie des personnes et se développe grâce à elle à mesure que la dialogue révèle les failles, les faiblesses, les blessures de chacun. L’intrigue se structure en un crescendo efficace qui met peu à peu à nue la psyché de tous ses protagonistes. (…) Ce suspense, s’il instaure une réelle tension dans l’intrigue, se révèle aussi extrêmement ludique. On s’amuse de la manipulation, des soudains retournements des rapports de force, de quelques répliques savoureuses… L’auteur parvient à maintenir – malgré la « lourdeur » du sujet, sa mélancolie, son sérieux – une vraie légèreté, un sentiment de jubilation à la vision de tous ces personnages perplexes, perdus, menés en bateau.»

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LA CHANSON DE L’ÉLÉPHANT, écrit par Nicolas Billon
sorti le 3 août 2016 (KMBO)

«Dès les premiers paragraphes, on sait qu’on est aux mains d’un vrai scénariste. Pendant les cinq premières pages, pas un seul mot n’est prononcé. L’ambiance, le mystère du film, sa texture, se dévoilent uniquement par des gestes, des descriptions, des visages, une ambiance…»

«Ce scénario présente un univers qui n’apparaît pas fréquemment dans le cinéma français : celui de la ruralité et précisément des agriculteurs. On voit leurs habitudes de travail, les enjeux de leur profession, les difficultés qu’ils peuvent rencontrer… L’idée de mêler ces thématiques rurales avec une intrigue de type criminel est également assez originale et donne lieu à des scènes incongrues et étonnantes (les kilos de cocaïne cachés sous les melons…).»

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TORIL, écrit par Guillaume Grosse et Laurent Teyssier
sorti le 14 septembre 2016 (La Belle Company)

 «Si l’auteure a choisi l’originalité en décrivant une prison de femmes, reste que son scénario s’inscrit clairement dans la tradition du « film de prison », ici assez bien renouvelée. Ce qui est intéressant notamment, c’est la façon dont le scénario décrit les relations qui se nouent à l’intérieur de la prison. Le récit prend bien le temps de décrire avec attention cette micro-société que constitue la prison, avec ses enjeux propres, ses affrontements spécifiques, ses relations etc. À l’intérieur de ce huis clos, pas de manichéisme. On comprend chaque femme, chacune a sa chance de s’exprimer et de présenter son parcours de vie (y compris les surveillantes).»

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LA TAULARDE, écrit par Audrey Estrougo
sorti le 14 septembre 2016 (Rezo Films)

«Cette « histoire vraie » se révèle vraiment efficace sur le plan de la comédie. (…) Le scénario s’amuse du côté incongru de la rencontre entre deux stars très différentes l’une de l’autre. Elvis et Nixon représentent des mondes, des époques différentes. L’un est un modèle pour la jeunesse, l’autre une figure du conservatisme ; l’un est extravagant, l’autre apparemment austère ; l’un symbolise la culture populaire, l’autre la méprise un peu. Il est donc assez divertissant de présenter la rencontre entre ces deux personnages, qui se trouvent finalement des points communs : un côté très moralisateur, une passion pour les armes…»

«Étant donné que la plus grande partie de l’intrigue consiste en des personnages attendant la réponse d’autres personnages, il fallait pouvoir rendre ces moments intrigants et amusants. Ce scénario y parvient : il se rend efficace notamment par une très bonne gestion du rythme du récit. (…) La structure est efficace et même si la rencontre promise par le titre entre Elvis et Nixon n’intervient que dans le dernier tiers, les scénaristes parviennent à donner de l’énergie aux moments d’attente.»

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ELVIS & NIXON, écrit par Cary Elwes, Hanala Sagal & Joey Sagal
sorti le 20 juillet 2016 (Warner Bros.)

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