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Les fiches de lecture à l’honneur #8 César 2018

Une nouvelle livraison d’extraits de fiches de lecture ! A l’approche de la cérémonie des César 2018 le 2 mars, nous vous offrons un focus sur plusieurs films nommés dans les catégories Meilleur film, meilleur premier film, Meilleur scénario original et Meilleur scénario adapté.

AU REVOIR LÀ HAUT, écrit par Albert Dupontel et Pierre Lemaitre
Nommé pour Meilleur film et Meilleur scénario adapté entre autres

« Les relations entre personnages sont aussi radicalement définies que dans les grands romans d’aventures : entre Edouard et Albert, c’est littéralement « à la vie, à la mort ». Chacun a sauvé la vie de l’autre, et leur amitié est indéfectible, un peu comme dans les romans de chevalerie ou, plus près de nous, toutes ces histoires de gangsters dont l’amitié fut scellée dans la Résistance ou les conflits coloniaux. Du côté de Pradelle, c’est encore plus radical : amoral, cynique, amoureux de la mort, ce type est le Mal incarné. Pourtant on ne perçoit pas cette bipolarité comme un défaut de finesse ou de complexité. Mais plutôt comme un moteur puissant pour la fiction. Moteur d’autant plus acceptable qu’il prend sa source dans la guerre, contexte où tout (sentiments, valeurs, affects) devient radical. »

« Dans les scènes de guerre, l’horreur est certes stylisée, mais jamais atténuée. Ces scènes sont grotesques et sublimées, quelque part entre Otto Dix et Goya. Ce goût pour le grotesque ne se limite d’ailleurs pas au contexte des tranchées : dans le Paris de l’après-guerre, on verra aussi des équipes de dératisation travailler à la grenade et au masque à gaz, Albert se faire tabasser par des mutilés de guerre, à coups de prothèses et de moignons, les équipes de Pradelle retourner des cimetières entiers… Les masques eux-mêmes, ceux que porte Edouard, sont assez puissants d’un point de vue visuel. On pense souvent à du Céline illustré par Tardi. »

BARBARA, écrit par Mathieu Amalric et Philippe Di Folco
Nommé pour Meilleur film et Meilleur scénario original entre autres

« Le film s’ouvre sur une mise en abyme assez vertigineuse, qui égare le spectateur entre documentaire, reconstitution et scènes de tournage. Certaines scènes se poursuivent dans plusieurs décors et circonstances : en répétition, sur le plateau éclairé, dans le train où Brigitte lit son texte, la salle où son partenaire l’apprend par coeur, etc., évidemment sans souci de chronologie. Cette entrée en matière ne manque pas de charme et d’audace. »

GRAVE, écrit par Julia Ducournau
Nommé pour Meilleur premier film et Meilleur scénario original entre autres

« La protagoniste est une grande adolescente assez attachante. Elle est dans un moment de transition dans sa vie, où elle intègre une nouvelle école, découvre la sexualité etc. Chacun peut s’identifier à cette situation. Quand Justine se retrouve dépassée par ses instincts, et menace presque de retourner à l’animalité, le fait que nous nous soyons attaché à elle rend l’horreur d’autant plus efficace. »

« Une des grandes qualités du scénario est qu’il parvient à avancer masqué, tout en exposant sans tricher tous ses pions. Pour le dire autrement, la dimension fantastique et gore du film est amenée progressivement, lentement mais sûrement, sans que l’auteur ait recours (du moins au stade de l’écriture) aux balises et signaux qui sont généralement destinés à séduire d’emblée le public particulier du genre horrifique. »

JEUNE FEMME, écrit par Léonor Serraille
Nommé pour Meilleur premier film entre autres

« Le portrait d’une jeune femme déracinée qui fait l’expérience de la solitude et de l’inconnu. L’auteure dessine pour son personnage un trajet positif de retour à soi-même et au bonheur. Certaines scènes sont très évocatrices et touchantes, comme les retrouvailles à moitié ratées de Paula et de sa mère. Le scénario mêle de belle manière différentes tonalités de drame et de comédie et trouve ainsi un ton bien à lui. »

« Ce scénario fait discrètement, sans en rajouter, le portrait d’une certaines jeunesse contemporaine. Jeune femme se veut un film d’atmosphère, une sorte de road movie urbain où la manière dont Paula « tourne en rond » l’amène à rencontrer de nombreux personnages, dont la plupart sont intrigants, attachants ou amusants. (…) L’auteure met en vedette une importante majorité de personnages féminins, forts et très divers, ce qui est franchement agréable. Elle évite les clichés en faisant apparaître de femmes de tous milieux sociaux, âges, origines… »

LE BRIO, écrit par Yvan Attal, Victor Saint Macary, Yaël Langmann et Bryan Marciano
Nommé pour Meilleur film entre autres

« Idée excellente : avoir pris comme sujet l’éloquence –celle des banlieues et celle des prétoires, celle de la rue comme celle des livres, ce qui permet à la fois un affrontement (une lutte des classes, ou plutôt des niveaux de langue ou des régimes de langage) et un enrichissement mutuel. »

« Pour le spectateur, le plaisir pur de l’éloquence compensera certainement le caractère attendu de l’intrigue. En effet, les ressorts sont pour le moins familiers : ce sont ceux du buddy-movie et du film de sport, une sorte de mix entre 48 Heures et Rocky si on veut. Le couple composé par oppositions se découvrira forcément des points communs ; la fille qui a tout pour perdre deviendra la meilleure grâce à un entraînement qui fera l’objet de montage sequences ultra-classiques mais toujours efficaces. »

MONSIEUR ET MADAME ADELMAN, écrit par Nicolas Bedos et Doria Tillier
Nommé pour Meilleur premier film entre autres

« Monsieur et Madame Adelman fonctionne sur un type de récit très classique : à la mort de son mari, personnalité parisienne, une femme raconte. Et ce récit très classique de fonctionner sur des ressorts tout aussi connus : la révélation de la vérité sur Victor Adelman et la vie qu’elle a menée avec lui. Jusqu’au twist final, qui dit qu’en fait, elle n’a pas tout dit. Le scénario est empreint d’une certaine verve. S’il fonctionne sur un principe de montage alterné encore une fois classique (…), ça marche correctement. »

« Le projet n’est pas sans rappeler la comédie italienne des années 70, mais férocité en moins. Si par moment l’aspect politiquement incorrect est réussi (notamment à travers le personnage d’Arthur), à d’autres moments le scénario est moins cruel que de mauvais goût. »

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